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Le B.a.-ba des Spiritueux par Alexandre Vingtier : P comme Pineau des Charentes

Dans la région cognaçaise, on produit une formidable liqueur de vin, c’est-à-dire à base d’eau-de-vie de vin et de moût de raisin, le pineau des Charentes.

 

Le B à BA des Spiritueux : P comme Pineau des Charentes

Comme dans bon nombre de vignobles français : la Gascogne a son floc à base d’armagnac, la Champagne et la Bourgogne ont leur ratafia à base fine et/ou de marc et autres alcools viniques, le Jura son macvin à base de marc, le Languedoc sa carthagène à base d’eau-de-vie de vin.

La chose la plus étonnante ici, c’est l’existence d’une telle liqueur. Alors que le cognac a été pendant des siècles le spiritueux vieilli de référence. Un symbole de long vieillissement maîtrisé et de luxe depuis le XVIIIe siècle au moins. Son eau-de-vie de base est alors la plus onéreuse qui soit. Et le vignoble destiné au moût est en concurrence directe avec celui servant à l’eau-de-vie, sans oublier qu’il doit être vieilli dans des contenants de chêne. Dès lors, il n’est pas étonnant que la plupart des maisons de négoce n’en proposent guère en cette période de faste cognaçais.

 

Le Pineau, une consommation au-delà de la région

Le pineau est l’apanage des petits et moyens producteurs et sa consommation est somme toute régionale, encadrée au sud par le Lillet dans le Bordelais, à l’est par les liqueurs de gentiane du Massif Central et au nord de la Loire par les pommeaux à base d’eau-de-vie de cidre et de moût de pomme.

Néanmoins, avec le tourisme sur la côte charentaise et les îles de Ré et d’Oléron, il a su séduire des consommateurs venus d’autres régions. Notamment la région parisienne. En dehors de l’Hexagone, on n’en trouve guère que dans les pays francophones. C’est à dire, un peu en Suisse ou au Québec et surtout en Belgique (80% de l’export). On raconte qu’après la débâcle de 1940, beaucoup de Belges se sont réfugiés dans la région. En effet, ils ont alors pris goût pour cette noble liqueur.

Je vous rassure, on en trouve bien évidemment dans les principaux pays importateurs de cognac, Etats-Unis et Chine notamment mais aussi Royaume-Uni, Allemagne, Japon ou encore Norvège.

 

Une production domestique depuis plusieurs siècles

On connaît très mal son origine sauf à travers quelques mythes. Mais il est indéniablement une production domestique destinée à la consommation de la famille du bouilleur de cru depuis plusieurs siècles.

On peut envisager son origine dans la grande transformation du vignoble charentais au cours du XVIIe siècle. Et sa spécialisation dans le vin de distillation. Certains cépages de l’époque servant à produire des vins de bouche se sont retrouvés inadaptés à la distillation. Comme par exemple, le chauché gris. Et l’on aurait alors utilisé leurs moûts pour en faire une liqueur. Néanmoins, une spécificité régionale forte est apparue et certains producteurs ont vu un marché en bouteille se développer au début du XXe siècle. Et même un savoir-faire unique, jusqu’à sa reconnaissance en appellation en 1935.

On trouve d’ailleurs encore de rares millésimes antérieurs à celle-ci ! De quoi découvrir les productions de nombreux bouilleurs de cru tout en douceur !

 

Ne buvez pas au volant. Consommez avec modération.