Armagnac

Le B.a.-ba des Spiritueux par Alexandre Vingtier : H comme Haut-Armagnac

Et si le Haut-Armagnac était un diamant brut ? Cette région très vaste ne compte qu’une poignée de producteurs. D’ailleurs, c’est moins de 1% de la production de l’ensemble de l’appellation qui est commercialisée avec cette mention.

 

H comme Haut-Armagnac

Quand on sait que les négociants boudent ce terroir (citons néanmoins le Château de Lassérade chez Darroze) et que les autres producteurs ne le connaissent guère, voire pas du tout, c’est dire le faible nombre de ses défenseurs. Et pourtant, il suffit de déguster la Fine Blanche du Domaine d’Arton commercialisée depuis 1985 et le sublime Hors d’Âge du Domaine de Grand Comté également à Roquelaure pour se rendre compte du caractère racé, élégant, puissant et inimitable de ces eaux-de-vie !

Géologiquement, les terroirs de l’armagnac sont définis par le retrait de la mer helvétienne : les sables fauves forment le Bas-Armagnac tandis que le Haut-Armagnac se définit par son sol calcaire affleurant, la Ténarèze étant un intermédiaire entre le deux, plus argileuse. Le Haut possède aussi une altitude plus élevée jusqu’à 281 mètres, des paysages distincts, un climat propre.

Il est vrai que ce cru est peut-être mal né, légalement mal délimité

Si les notions de Bas-Armagnac et de Haut-Armagnac, d’Armagnac noir et d’Armagnac blanc, sont historiquement avérées, la création de la Ténarèze a presque ostracisé ce cru oriental. Dans les débats sur la naissance de l’appellation, on ne savait trop le délimiter. Au Nord au-delà de Lectoure, à l’Est même après Auch non loin de Toulouse. Et on lui a rattaché toute la partie méridionale incluant Marciac, Plaisance et Riscle. Jusqu’en 1908, des hauts lieux de l’actuelle Ténarèze, Condom, Valence et Vic-Fezensac, sont classés en Haut-Armagnac…

En 1909, avec la naissance de l’appellation, une partie de la Ténarèze a été absorbée par le Bas-Armagnac. Tandis que le Haut-Armagnac a glissé vers l’est. Cru amputé ou flou, sa faible notoriété provient également d’un développement tardif de la vigne, avec une spécialisation dans les cépages blancs à fort rendement, qui en ont fait des eaux-de-vie de coupage, complémentaires et moins onéreuses.

Ravagées par le phylloxéra, les producteurs ont alors privilégié les céréales et ont produit des eaux-de-vie à la marge, avec des moyens plus faibles et une ambition moindre pour des eaux-de-vie « rudes mais plaisantes ». Néanmoins, si l’on y regarde de plus près, on se rend bien compte que des eaux-de-vie de vin de terroir calcaire peuvent posséder un potentiel immense. Une typicité comme ce « goût de cerise » dont on parle parfois encore.

Heureusement, des passionnés comme ceux susmentionnés continuent de faire vivre cette appellation. Dont les vieillies eaux-de-vie de cépages nobles ont pu être comparées à des cognacs Grande Champagne. Les Domaines de Bilé à Bassoues ; d’Embidoure à Réjimont et de Mirail et de Bedos à Lectoure ; ou encore le Château de Neguebouc à Préchac

Maintenant j’espère que vous allez dénicher de vieilles cuvées pour vous forger votre propre opinion !

 

Ne buvez pas au volant. Consommez avec modération.